[Sport, Bretagne, Education] M’en toue da chouren gant leaided…

Il y a de cela plusieurs années, juste avant de partir en Israël, j’exerçais dans une petite école de campagne où les élèves posaient assez peu de problèmes de violence. Cependant, depuis quelques mois, l’équipe enseignante (moi et mes collègues) avait remarqué une recrudescence des bagarres de cour de récré, de conflits… pas de quoi appeler la maréchaussée, mais une dégradation générale des relations entre les élèves.

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En conseil d’école, nous nous sommes concertés et avons opté pour une solution pédagogique: nous avons décidé que tous les élèves, du CP au CM2, bénéficieraient d’une activité sportive nouvelle. Compte tenu des intervenants extérieurs dont nous pouvions disposer, nous avons monté 2 projets : des cours de judo et des cours de gouren.

Bretonne moi-même, je n’avais pourtant jamais entendu parler du gouren, autrement appelé lutte bretonne. Mais pendant 4 mois par an, et ce 3 années de suite, j’ai pu découvrir ce sport, observer mes élèves et les modifications de leur comportement. J’ai même participé aux séances. C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui vous donner un aperçu rapide de ce sport méconnu.

200px-Serusier_-_La_lutte_bretonne « La lutte bretonne », tableau de Paul Sérusier

Un peu d’histoire

Le gouren existe depuis des siècles, et a été pratiqué en Bretagne tant par les nobles que les guerriers ou encore les paysans. La légende veut que Lancelot ou Perceval aient été d’excellents lutteurs. Au début du XXème siècle, c’était encore un sport roi dans la région, un jeu de rassemblement lors des grands travaux des champs par exemple ou à l’occasion des pardons (fête religieuse catholique en Bretagne).

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gravure de 1779 représentant des lutteurs de Fouesnant

Mais les temps ont changé, et le gouren n’est plus un jeu mais bel et bien un sport, avec sa fédération et ses clubs. Il s’est même exporté puisque tous les 2 ans se déroule un championnat d’Europe. La fédération compte environ 1500 licenciés et affiliée à la fédération française de lutte.
Ce qui est notable avec le gouren, c’est que tout en devenant un sport comme les autres, il a su garder des attaches culturelles, traditionnelles et populaires très importantes. Il est présent dans différentes fêtes, comme en démonstration au célèbre festival des Vieilles Charrues de Carhaix.

Le gouren, adapté pour les enfants

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Depuis l’époque des paysans moissonneurs qui se défiaient dans les champs à l’heure de la pause (au lieu de se reposer !), de l’eau a coulé sous les ponts. Le gouren est maintenant un sport que les enfants peuvent pratiquer dans les écoles, les centres de loisirs, les classes de découverte…
C’est un jeu sportif, un jeu à règles, et dans ce sens, il est une activité éducative très intéressante, pour l’apprentissage des gestes, mais surtout et principalement pour l’apprentissage ou la consolidation des notions de respect de l’autre. C’est un jeu d’opposition sans aucune violence, les gestes sont parfaitement maîtrisés et les enfants, filles comme garçons, peuvent s’y donner à cœur joie.

Il existe de nombreuses catégories qui permettent à tout le monde, enfants, adolescents, adultes, de se confronter à des partenaires de leur poids et de leur âge. Chaque personne peut ainsi doser son effort et faire de sa séance un moment de délassement, d’entretien ou de compétition.

Quelles sont les qualités du gouren dans le cadre pédagogique ?

Voici quelques points positifs que j’ai pu noter pendant les séances des enfants de ma classe avec Kevin, leur professeur (parce que ce n’est bien sûr pas moi qui assurais les séances !!!)

– Le gouren met en action de nombreux muscles du corps et contribue au développement de qualités physiques indéniables.
– Plus dans l’esprit de ce que nous recherchions, le gouren en appelle à l’intelligence des enfants et à l’esprit de décision.
– Et, point le plus important dans le cadre de nos objectifs, le gouren s’adapte vraiment à chaque enfant : l’enfant un peu brusque et bagarreur apprend à calmer ses pulsions, tandis que l’enfant un peu timide prend confiance en lui et prend de l’assurance.

Déroulement

Au début de chaque séance, Kevin distribue une tenue aux enfants ; c’est très important, l’enfant est fier et s’approprie l’activité.
A chaque séance, les enfants apprenaient une nouvelle prise, s’entraînaient, jouaient et enfin s’affrontaient dans des mini-luttes.

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Avant chaque combat, les lutteurs doivent dire un serment en breton. Je ne résiste pas au plaisir de vous l’écrire :

« M’hen toue da chouren gant leaided, hep trubarderez na taol fall ebet, evit ma enor ha hini ma bro, e testeni eus ma gwiriegez, hag evit heul kiz vad ma zud koz, kinnig a ran d’am chenvreur ma dorn ha mad jod. »

Ce qui signifie : « Je jure de lutter en toute loyauté, sans traîtrise et sans brutalité, pour mon honneur et celui de mon pays, en témoignage de ma sincérité et pour suivre la coutume de mes ancêtres, je tends à mon émule ma main et ma joue. »

Ensuite, les lutteurs se serrent la main et se donnent 3 fois l’accolade.
Le combat se déroule debout uniquement. Les lutteurs enroulent avec le bras le tronc de leur adversaire de manière identique, les mains sont verrouillées dans le dos en s’accrochant dans les doigts comme deux crochets.

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Les lutteurs se mettent dans cette position et attendent sans bouger que l’arbitre dise « luttez ».
Les jambes ne peuvent attaquer qu’aux jambes, et les lutteurs ont le droit de se tourner et de se mettre de côté pour effectuer des prises à partir du moment où ils ne lâchent pas les mains. Le but est de faire chuter son adversaire sur le dos sans que les fesses touchent le sol, auquel cas le combat est terminé. Sinon, le combat se déroule en 3 manches gagnantes, et dans chaque manche le lutteur qui touche le sol le premier est perdant. On peut ainsi pousser, tirer, soulever… Par sécurité, le projeteur accompagne toujours le projeté dans sa chute et lâche le verrouillage des mains à ce moment. Ceci est très bon au point de vue pédagogique : je te bats, mais je fais en sorte que tu ne te fasses pas mal.

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Conclusion

J’ai accompagné 3 classes différentes dans cette activité de gouren et jamais un enfant n’a refusé de participer. J’ai vu des enfants réservés se révéler dans les jeux et les combats, j’ai vu des enfants habituellement un peu brusques se retenir devant un enfant moins fort qu’eux (ou une fille !!!). De nombreux parents nous ont dit avoir remarqué un changement positif dans le comportement de leur enfant, qu’ils trouvaient moins agressif, plus patient…et indéniablement, dans la cour, les bagarres et les petites histoires se sont faites plus rares (sans pour autant disparaître).

L’apprentissage d’un sport de combat tel le judo ou le gouren est un plus pour les enfants et je le conseille vraiment à tous les parents.

Alors … Prestoc »h? (Prêts?)…….. Kroguit! (Luttez!)

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Et en plus on gagne des trucs sympas 🙂 Le bélier (maout) est offert au grand vainqueur qui le porte sur ses épaules en triomphe 🙂

Le bélier n’est nullement maltraité.

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4 réflexions sur “[Sport, Bretagne, Education] M’en toue da chouren gant leaided…

  1. Pingback: [Sport, Bretagne, Education] M’en toue da chouren gant leaided … | Lyon Lutte Traditionnelle & Combat de Préhension

  2. Très instructif, merci pour l’idée. Ça me donne envie d’inscrire mes filles à un sport du même style, ça leur ferait sûrement beaucoup de bien.

Les commentaires sont tous modérés pendant la période des concours :)

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