[En France (mais loin)] Les Îles du Salut en Guyane française

Je me suis rendue en Guyane française en décembre 2002, 3 semaines avant de quitter la France pour venir vivre en Israël. Je ne sais pas si j’aurais spontanément choisi cette destination, car quand on pense aux DOM, on pense naturellement à voyager à la Réunion ou aux Antilles…

Mais il se trouve que depuis 7 ou 8 ans, ma meilleure amie, son mari et sa petite fille habitent là-bas. Mon amie et son mari, bretons pur souche, ont un jour eu envie de voir du pays et sont partis à l’IUFM en Guyane ; depuis, elle est maîtresse d’école et lui prof d’histoire. Pour l’instant, ils restent là-bas puisqu’ils viennent d’acheter une super maison à Kourou.

ile royale cocotier

ile royale cocotier (Photo credit: nicholaslaughlin)

Donc, depuis toutes ces années où je ne les revoyais que l’été, mes amis m’invitaient à venir les voir ; j’ai sauté le pas en décembre 2002. Il faut dire que, si j’avais visité de nombreux pays européens, je n’avais encore jamais pris l’avion ! Eh oui, à 28 ans et demi !

Pour aller en Guyane, c’est Air France qui a le monopole, ce qui implique un prix élevé… dans les 1200 euros si mes souvenirs sont bons ; mais c’était compensé par le fait que j’étais sur place nourrie/ logée, par le bonheur de découvrir des endroits incroyables, d’être totalement dépaysée et de revoir mes chers amis, ainsi que d’autres copains bretons qui s’y sont également installés !

Donc, pendant 2 semaines, mes amis, adorables, se sont vraiment pliés en huit pour me faire découvrir la spécificité de leur département d’adoption : visites de Cayenne, Kourou, Mana, Saul, Saint-Laurent-du-Maroni… descente et remontée en pirogue de fleuve Maroni, avec étapes au Surinam et dans les villages guyanais isolés du fleuve, incursion dans la jungle etc.…

Mais c’est vers la fin de mon séjour que nous sommes partis tous les 4 pour une journée sur les Iles du Salut.

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Les Iles du Salut sont situées à 14 Km du littoral, le transport des passagers entre la ville de Kourou et l’appontement de l’île Royale est assuré par une société de navigation qui met à la disposition des passagers deux vedettes à moteurs : le Ti-royal et le Soleil Royal.

Le transport est d’environ une heure… Moi qui souffre de mal de mer, pour une fois ça s’est bien passé mais des personnes ont été malades car elles s’étaient installées à l’intérieur… Moi je suis restée à l’extérieur pour ne pas sentir les odeurs de mazout de la cabine…

Au retour, même topo mais en plus amusant 😉 puisqu’il pleuvait à verse… et là-bas, les pluies sont tropicales… honnêtement, on était trempés comme des soupes, et encore je suis sûre que certaines soupes sont plus sèches que ça…

L’archipel est constitué de trois îles : Ile Royale pour la plus grande (28 ha), Ile Saint Joseph (20 ha) et la plus petite l’Île du diable (14 ha).

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Seules les deux premières îles sont accessibles aux touristes, ce sont trois îles d’origine volcanique qui font penser aux îles du pacifique. (Voir photos). L’Ile royale est accessible par la navette, l’Ile Saint-Joseph par voilier.

Nous avons accosté sur l’Ile Royale au bout d’une heure de trajet. Il faisait très beau et très chaud (à ce moment-là 😉 . Dès notre arrivée, nous avons pu observer des petits singes qui descendaient des arbres pour nous manger dans la main, et de superbes iguanes, très zen…

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Ces îles qui aujourd’hui ressemblent à un petit paradis ont abrité pendant 100 ans (1852-1947) le Bagne avec un des régimes carcéraux les plus durs qu’on puisse imaginer…Sur l’île royale, les prisonniers étaient un peu plus libres mais devaient bien sûr regagner leurs cellules chaque soir. Quand un prisonnier mourait, son corps était jeté à la mer et servait d’encas aux requins du coin…

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Les bagnards célèbres

Le capitaine Dreyfus

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Non seulement accusé à tort, ce prisonnier célèbre fut maintenu SEUL sur l’île du diable pendant 5 ans…eh oui cette île, aujourd’hui inaccessible aux touristes, était réservée uniquement à Dreyfus…Un gardien était là mais avait pour consigne stricte de ne pas adresser la parole au prisonnier… Condamné en 1895 pour haute trahison, il se consacra à la méditation sur l’unique banc à sa disposition. Reclus dans une case isolé de la mer par une palissade qu’il n’avait pas le droit de franchir, mis aux fers toutes les nuits et maintenu dans un silence absolu (l’approvisionnement en nourriture lui parvenait de l’île Royale par un câble tendu au dessus des vagues), il en est ressorti totalement brisé au bout de 5 longues années. Tu m’étonnes… étonnant même qu’il soit resté en vie…
Il obtenu sa grâce et sa réhabilitation à la suite d’une campagne d’opinion menée par Émile ZOLA, auteur de la fameuse lettre ouverte « J’accuse », parue dans le journal l’Aurore.

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Ca fait vraiment réfléchir sur le complot antisémite dont il fut victime, lui qui était totalement innocent… et sur la machine « judiciaire » qui broie l’individu.

Guillaume Seznec

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Une affaire qui tient à cœur à tous les Bretons…
Le 25 mai 1923, Guillaume Seznec, maître de scierie à Morlaix, et Pierre Quémeneur, Conseiller Général du Finistère, quittent Rennes au petit matin pour se rendre à Paris en Cadillac.
Associés depuis plusieurs mois, les deux hommes roulent vers la capitale pour y négocier un contrat de vente d’automobiles américaines qui promet d’être juteux. C’est l’époque des grands trafics de l’après-guerre et Quémeneur se propose de racheter ces voitures un peu partout en Bretagne pour les revendre à prix d’or aux Soviétiques – on disait alors les Soviets – qui en manquent cruellement. La France regorge de Cadillac. Une conséquence de la guerre. Elle s’est engagée à racheter tout le matériel que l’U.S. Army n’aurait pas rembarqué à l’issue du conflit. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée avec un stock impressionnant de belles américaines.
Le voyage vers Paris vire au cauchemar. Connaissant pannes sur pannes, la voiture est à l’agonie. A Houdan, Quémeneur décide de prendre le train pour ne pas manquer son rendez-vous Parisien. C’est devant la gare de cette ville que les deux hommes seront vus ensemble pour la dernière fois. Officiellement, on ne reverra jamais Quémeneur. Ni vivant, ni mort.

Sur la foi de témoignages douteux, Seznec est condamné au bagne et expédié en Guyane ; il aura de la chance dans son malheur que l’administration pénitentiaire locale le croie innocent et donc lui fasse vivre son calvaire le moins mal possible… grâce à eux certainement, il sortira vivant.

Aujourd’hui, son petit-fils, Denis, a consacré sa vie à la réhabilitation totale de Guillaume. J’ai pu voir sa cellule et la plaque appliquée là par Denis « à Guillaume Seznec, martyr innocent ». Impressionnant.

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View from the île Royale : harbor and St Josep...

View from the île Royale : harbor and St Joseph island. French Guiana. (Photo credit: Wikipedia)

A aussi « séjourné » sur cet archipel : Henri Charrière dit Papillon, dont j’ai aussi pu visiter la cellule, et une gravure soi-disant de sa main sur un mur, mais là-dessus je suis sceptique…

Et 70 000 bagnards anonymes dont beaucoup sont morts sur place, tant les conditions de transport et de vie étaient plus que dures, inhumaines… Ok, beaucoup n’étaient pas des enfants de cœur mais…quand même. … En visitant l’île Royale et son musée du bagne on frissonne en imaginant les traitements inhumains que subissaient des hommes dont la culpabilité n’était pas toujours prouvée. On frissonne quand on visite les cellules sans fenêtre, où les détenus punis avaient les pieds aux fers, et ne pouvaient que dormir sur le dos ou s’asseoir sur leur lit dans une obscurité totale pendant six mois ou plus.

Ce qui est très sympa, c’est qu’on peut faire entièrement le tour de l’île par des chemins faciles d’accès, avec une petite fille de 2 ans et sa poussette, ça ne nous a posé aucun problème. Au fur et à mesure de la ballade, toujours sollicités par de très mignons et très sociables petits singes friands de tout et particulièrement de bananes, nous avons pu visiter les cellules des prisonniers, l’hôpital, les quartiers des reclus, les endroits où ils travaillaient, la villa du gouverneur, l’église…et aussi un cimetière d’enfants, les enfants des gardiens bien sûr.

Nous avons pique-niqué sous les cocotiers, avec vue sur l’Ile du Diable, et à proximité de la piscine des bagnards, piscine naturelle où ils pouvaient patauger quand la mer se retirait. Aujourd’hui, des touristes font de même.

On peut aussi accrocher son hamac entre deux cocotiers et faire la sieste… ou même passer la nuit si on a raté la navette de retour !

Les Iles du Salut, c’est un mélange de nature sauvage et d’histoire… à ne pas manquer si vous allez en Guyane !

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3 réflexions sur “[En France (mais loin)] Les Îles du Salut en Guyane française

  1. Vous avez bien eu de la chance d’avoir des amies pareilles, remuant ciel et terre pour vous montrer les belles facettes de leur pays d’accueil. L’ile du salut est magnifique, avec ces petites îles voisines qui vous offrent une vue incroyable. On dirait que vous êtes à l’autre bout de la terre, loin de tout. Merci de nous avoir transportés dans ce charmant voyage.

Les commentaires sont tous modérés pendant la période des concours :)

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