[Film] Trouble enfance

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A l’ouverture de Mean Creek, on est pris dans une grosse scène de baston, pas une baston à la Jean-Claude, mais une baston à sens unique où le gros George, le despote de l’école, joué par Josh Peck, se défoule violemment contre un plus petit que lui, le jeune Sam, interprété par Rory Culkin, le frère de l’autre.
Sommé par son grand frère de s’expliquer sur ses blessures multiples, Sam finit par admettre que depuis de longues semaines, il est la victime impuissante des mauvais traitement du gros George-le-despote. Tous les deux avec l’aide de deux copains, décident alors de se venger de George.
Leur plan : faire semblant d’inviter George pour une ballade en barque sur le fleuve à l’occasion du soi-disant anniversaire de Sam, et ensuite lui piquer toutes ses fringues pour l’obliger à rentrer tout nu à la maison, et lui faire ainsi payer toutes les humiliations qu’il a fait subir à Sam et à de nombreux autres « petits » de l’école.

George, malgré le fait que quelques jours plutôt il s’amusait à casser la tête de Sam, accepte l’invitation avec une joie touchante, et on se rend bien compte qu’il est plus un pauvre garçon mal dans sa peau qu’une brute sanguinaire…Sam et son frère aussi s’en rendent compte, sont pris de remords à l’idée d’exécuter leur plan, et vont vite fait décider de le laisser tomber. Un des deux copains (un jeune homme sensible qui vit avec son père gay et le compagnon de celui-ci) est d’accord, la copine de Sam, Millie, n’était de toute façon pas au courant… seul l’autre copain, un garçon plus mûr, mais aussi plus perturbé depuis le suicide de son père, n’est pas très chaud pour amnistier le mini-despote, et lance alors, sur la barque, l’idée de jouer à « action-vérité »… c’est là que tout va leur échapper…Je n’irai pas plus loin dans l’histoire pour ne pas gâcher le plaisir des gens qui le verraient ultérieurement…

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C’est un film moderne et cependant la mise en scène est fort peu habituelle pour les films récents. (sorti en 2004)
Il ne s’appuie pas sur un gros budget (je n’avais pas les détails mais ça se voyait à l’écran après m’être renseignée, il se montait à seulement 500.000 dollars), pas d’effets spéciaux, même pas une bande son accrocheuse et angoissante pour fixer l’intérêt des spectateurs… en fait, je dirai que l’intérêt de ce film réside dans deux choses : une bonne histoire et une bonne interprétation.

La première chose que je voudrais mettre en avant à propos de ce film, c’est son style. A la première image, on se rend compte que ce n’est en effet pas un blockbuster hollywoodien, et ce n’est pas pour me déplaire. Les premières scènes sont filmées au caméscope (George en possède un), et d’ailleurs tout au long du film, on a l’impression que la plupart des scènes sont filmées avec une caméra à l’épaule… les images bougent même pas mal, mais je n’ai pas vomi.

Plutôt que de faire baisser l’intérêt du film, ces images tremblotantes et granuleuses rajoutent quelque chose de fort à l’ambiance générale du film… une ambiance qui laisse deviner que même quand tout va bien, qu’ils rient et s’amusent, ça ne va pas tarder à dégénérer…

Ces images et aussi les bruits de fond, tels ceux du courant qui vient se briser sur les rochers, donnent beaucoup de réalisme à l’ensemble et pourraient vraiment laisser croire que le film a été tourné par les enfants eux-mêmes…

Le film a été tourné entièrement en Oregon, et on comprend pourquoi : pour quelle raison auraient-ils du dépenser des sommes folles pour créer des paysages adéquats quand tout était là, à leurs pieds ? Un paysage magnifique et étonnant. Des hautes montagnes, des rives à l’herbe grasse, des forêts touffues, une flore et une faune splendides et sauvages, une eau de cristal, on voudrait y être. Quant aux scènes tournées en ville, elles montrent une cité de province paumée, plutôt pauvre, avec ses stations-services misérables et ses maisons en bois.

Comme je l’avais suggéré plus haut, une grande partie de la réussite de ce film tient dans l’interprétation du groupe d’enfants (Sam et Millie ont une dizaine d’années) et adolescents (les autres doivent osciller entre 15 et 17 ans). Sans exception, ils font vivre leurs personnages de manière réaliste et crédible. Quand j’ai visionné le film, j’ai tout de suite reconnu Rory Culkin que j’avais vu dans Signes. Deux autres jeunes me disaient quelque chose mais je n’aurais pas su dire où je les avais vus.

Trevor Morgan joue Rocky, le frère de Sam. Il a été vu auparavant dans des épisodes d’Urgences, Alerte à Malibu et CSI. Il jouait aussi le rôle d’Eric dans Jurassic Park 3.

Le rôle de George, la terreur des cours de récré, est tenu par Josh Peck, pour ma part un total inconnu. Je lui décerne une mention spéciale, car son rôle est le plus difficile de tous : au début, on ressent beaucoup d’aversion pour ce gros garçon qui tape lâchement sur les plus petits que lui ; mais au fur et à mesure que le film avance, on commence à voir d’autres facettes de sa personnalité, on commence à entrevoir son malaise, et à comprendre, sinon excuser, ses déchaînements de violence. On voit chez lui une vraie gentillesse et un mal de vivre, et ceci nous fait éprouver envers lui un sentiment mêlé de tendresse et de pitié.

Parmi le groupe, une seule fillette apporte sa blondeur et sa douceur : Millie, la petite copine de Sam, jouée par la jeune Carly Schroeder, âgée de 14 ans au moment du tournage mais qui paraît bien plus jeune. Millie est une petite fille de la campagne, innocente, entraînée malgré elle dans des plans vengeurs dont elle ignorait tout. Sa performance est parfaite.

Ryan Kelley joue le rôle d’un ami de Rocky, un jeune homme doux et discret qui souffre de sa famille inhabituelle ; on imagine ce qu’il doit entendre dans ce bled paumé de l’Amérique profonde à propos de son père homosexuel… !

Enfin, Scott Melchowicz interprète Marty, un grand puisqu’il conduit une voiture, le personnage le plus trouble de ce groupe hétéroclite ; Marty, dont le père s’est tiré une balle dans la tête, est très susceptible à ce propos, et noie son mal-être dans l’alcool et le shit.

Personne ne vole la vedette à personne et cela aussi contribue au réalisme et au succès du film ; chacun semble se plaire à interpréter son personnage au mieux de ses capacités et à réagir efficacement devant les performances des autres.

Un coup de chapeau également au réalisateur du film, Jacob Aaron Estes. L’histoire et sa vision sont très personnels et reposent à la fois sur ses expériences personnelles et d’autres films qu’il a pu voir. En dépit du fait que Mean Creek soit son second film seulement, son inexpérience relative dans la fonction de réalisateur passe totalement inaperçue.

Ce film m’a violemment rappelé l’univers de Stephen King, dont les histoires commencent souvent dans une petite ville provinciale tranquille et basculent dans le drame ou l’horreur. Je pense particulièrement à ce film de Rob Reiner tiré d’un livre de King, Stand by me, sorti en 1986 et que j’ai vu l’année dernière, avec River Phoenix et Kiefer Sutherland ; une histoire de jeunes qui partent à l’aventure, totalement non-préparés pour ce qu’ils vont devoir affronter. Les deux films traitent de l’amitié et de la découverte de la vie, ainsi que cette innocence heureuse et insouciante que seuls les enfants connaissent un temps, avant de la perdre, plus ou moins tôt. Cependant, Mean Creek a son propre univers, ces analogies n’enlèvent rien à son intérêt, au contraire c’est un point très positif que de rappeler un film aussi abouti que « Stand by me ».

Alors, ai-je aimé Mean Creek ?
C’est indiscutablement un des meilleurs films dramatiques qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années. J’ai vraiment été happée dans l’histoire dès le début, et me suis sentie presque à l’intérieur du film à regarder ces jeunes se débattre avec les problèmes et drames de l’enfance. L’histoire, sans être follement originale, est néanmoins captivante. Il y a un sentiment de malaise et d’angoisse tout le long, et jusqu’à la fin on ne sait pas comment cela va se terminer…et vu que ce n’est pas un produit d’Hollywood formaté , les possibilités sont illimitées…Pour tout dire, quand la fin est arrivée et que le générique de fin a défilé sur l’écran, je suis restée sur ma faim, non que la fin fut décevante, mais je voulais en voir plus, savoir ce qui allait se passer après…

Je vous recommande chaudement Mean Creek. C’est un beau film sobre et poignant.

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