Volatilisée sur le Prophitis Ilias

 

J’ai déjà dit, dans de précédents articles, que je suis une lectrice compulsive, incapable d’éteindre la lumière si je n’ai pas eu ma dose…

Cover of "Into the Blue"

Cover of Into the Blue

En ce moment, je ne sais pas pourquoi, je délaisse un peu les classiques au profit de deux genres bien différents l’un de l’autre: la psychologie (et surtout les livres de Boris Cyrulnik) et les polars.

Or, en ce moment, à ma médiathèque, ils mettent justement les polars en valeur: j’ai emprunté hier un autre livre de Deon Meyer, dont je vous avais parlé du livre « 13 heures », et je le commence ce soir après la rédaction de cet avis, j’ai hâte!!!

Mais entre temps, j’en ai lu quelques-uns, et celui qui m’a le plus plu est un livre de Robert Goddard, intitulé en anglais « Into the blue » et en français « Heather Mallender a disparu ».

Etrangement, ce livre est paru dès 1990 en Angleterre, puis en 1993 traduit en français sous le titre « Les Ombres du Passé », avant d’être réédité en 2012 et de changer de titre par la même occasion, j’ignore pourquoi, pour s’appeler « Heather Mallender a disparu ».

Le livre et son auteur

 

L’auteur, Robert Goddard, est un anglais de bientôt 60 ans, auteur de romans policiers et de romans à énigmes, qui a publié au total plus d’une vingtaine de romans.

3 de ces romans mettent en scène Harry Barnett, le personnage principal d' »Heather Mallender a disparu ».

J’ai lu le livre dans son édition brochée, parue en 2012 chez Sonatine. Il est traduit de l’anglais par Catherine Orsot Cochard et fait tout de même 606 pages, de quoi tenir quelques soirées 🙂

L’histoire

 

Quand nous rencontrons Harry, nous faisons connaissance avec un quinquagénaire en surpoids, semi-alcoolique, un Anglais installé à Rhodes, en Grèce, où il garde la villa d’un de ses amis, homme politique britannique. Rien de bien sexy donc.

Harry n’est pas heureux, il sent qu’il a gâché sa vie et qu’en plus, il continue à la gâcher. Alors, il noie son ressentiment sous des verres de retsina en terrasse, et dans les menus travaux qu’il effectue dans la superbe villa de son puissant ami.

On a l’impression qu’Harry a tout à fait conscience d’être plus ou moins un raté, mais qu’il s’en accommode au soleil grec et ne sait, de toutes manières, pas quoi faire d’autre de sa vie.

Puis, un jour, une jolie jeune femme, Heather Mallender, arrive pour quelques semaines de villégiature dans la ville de leur ami commun, le riche député Allan Dysart.

Heather est seule, et pour la première fois en 8 années, la solitude forcée et tranquille d’Harry est mise à mal.

Elle a fait une dépression, sa soeur Claire ayant été tuée dans un attentat de l’IRA sur le bateau de Dysart.

Ils se lient d’amitié, une amitié simple et sincère, sans arrière-pensée apparente, faite de discussions amicales, de bons repas, de visites touristiques et de rires.

Puis, un jour, alors que le retour d’Heather dans son pays se profile, elle émet le désir d’aller grimper le mont Profitis Ilias, un endroit d’une grande beauté mais également assez sinistre, et, alors qu’elle grimpe au sommet et qu’Harry, fatigué, l’attend, elle se volatilise.

Cet événement va secouer Harry, et le tirer de la torpeur méditerranéenne où il se complaisait depuis 8 ans.

Bien sûr, Harry est le premier suspect, d’autant qu’il a eu, des années auparavant, des contentieux avec les Mallender, le père et le frère d’Heather, qui l’employaient, et l’ont renvoyé pour avoir soi-disant piqué dans la caisse , le vrai coupable étant Roy Mallender, le frère.

Heureusement, dans l’adversité de la vie, Harry a toujours pu compter sur Allan Dysart, lui aussi ami des Mallender, mais qui ne l’a jamais lâché, lui fournissant un emploi et un toit quand il n’avait plus rien.

Heather a disparu, elle est peut-être morte.

Quelques jours plus tard, Harry fait développer une pellicule de photos prises par Heather.

Ces photos lui semblent bien vite être un jeu de pistes pouvant lui permettre de découvrir ce qui est arrivé à Heather: on y voit des lieux, en Angleterre, et à Rhodes, des endroits, parfois des personnes, sans intérêt au premier abord mais qui vont donner un sens à la vie d’Harry pour la première fois depuis bien longtemps: il veut retrouver son amie, comprendre ce qui lui est arrivé.

Harry va donc rentrer en Angleterre, retrouver sa vieille mère grincheuse, et suivre la piste d’Heather grâce à ses photos, une par une, aller sur tous les lieux qu’elles représentent, rencontrer toutes les personnes qu’elle a interrogées.

Et petit à petit, Harry le loser, le poivrot, le bouffon, va se retrouver, retrouver ses anciennes valeurs enfouies de courage, de générosité, d’esprit pratique et d’intelligence.

Mon avis

 

Ce roman distille beaucoup de suspense, c’est un polar à tiroirs où l’on suit l’enquête d’Harry, qui lui-même suit celle d’Heather, indice après indice, avec son lot de morts suspectes anciennes ou récentes, de tragédies, d’accidents et de personnages inquiétants voire très dangereux.

L’histoire est assez complexe mais pas prétentieuse et on la suit bien, pour peu de se plonger dedans!

Robert Goddard nous montre qu’à l’image d’Harry Barnett, une même personne peut-être, à différents moments de sa vie et suivant les circonstances et les accidents de parcours, un loser ou un homme magnifique, un gentil ou un méchant, courageux ou lâche.

Nous voyons aussi que notre passé ne disparaît jamais, qu’il est un poids que l’on porte toute sa vie, et qu’il faut savoir s’en accommoder.

Un roman que je vous conseille, brillant, bien écrit, avec moults rebondissements, surprises, une caractérisation intéressante des personnages et un suspense qui ne retombe jamais.

Un extrait pour vous faire une idée?

 »’Si elle revenait maintenant, ou même dans cinq minutes, tout irait bien. Il pourrait mettre sur le compte d’un excès de silence et de solitude l’impression confuse qu’il ne la reverrait peut-être jamais. Du reste, son bon sens lui soufflait qu’elle allait revenir d’un instant à l’autre et crier son prénom en descendant le sentier. S’il en était venu à redouter le contraire, c’était uniquement sous l’emprise de cette part de lui-même vouée au monde obscur des instincts et des sensations dont il n’aimait pas faire grand cas.

La nervosité de Harry était, somme toute, bien compréhensible. Rester trois quarts d’heure assis au milieu des pins, sur un tronc d’arbre couché à flanc de montagne pendant que, dans un silence implacable, le soleil agréablement chaud de l’après-midi faisait place à la fraîcheur du soir aurait éprouvé les nerfs de n’importe qui. Il regrettait à présent de ne pas être monté avec elle jusqu’au sommet ou de ne pas être resté dans la voiture à écouter la radio. Cela aurait mieux valu que de rester là à l’attendre.

Il écrasa sa quatrième cigarette et prit une profonde inspiration. Il commençait à avoir froid dans l’ombre de la montagne même si en bas la plaine côtière était encore baignée d’une chaude lumière dorée. Ici au contraire, sous l’épaisseur des conifères, dans l’air vif et limpide, le déclin du jour avait déjà commencé.

Pourquoi était-elle si longue à revenir? Elle n’avait tout de même pas pu se perdre. Avec le guide et la boussole, c’était impossible. Et puis, à la différence de Harry, elle était déjà venue sur le mont Prophitis Ilias. À vrai dire, sans elle, il n’y serait jamais allé. Deux heures plus tôt, il se dorait au soleil sur une terrasse d’une psarotaverna face à la mer, et il allumait la première cigarette de son paquet après un savoureux repas tout en essayant de mesurer la jalousie du serveur devant cet Anglais entre deux âges, légèrement bedonnant, qui avait réussi à partager son déjeuner avec une aussi ravissante femme. Il n’arrivait même plus à visualiser la scène car le Prophitis Ilias possédait le pouvoir de reléguer dans un lointain nébuleux tous les souvenirs et les perceptions qui ne se rapportaient pas à lui. C’était Heather qui avait exprimé le désir d’aller sur le mont Prophitis Ilias.

« En voiture, nous pouvons être là-haut en une demi-heure, avait-elle dit. C’est un endroit fantastique. On trouve encore de vieilles maisons délabrées qui datent de l’occupation italienne. Et du sommet, on a une vue superbe. Il ne faut pas rater ça. »

Harry, pour sa part, s’en serait bien passé. Il préférait les décors d’une douzaine de bars qu’il avait en tête à n’importe quel paysage, fût-il époustouflant. Pourtant il n’avait pas soulevé d’objection.

Ils avaient donc rejoint la route qui montait en serpentant vers le massif boisé du Prophitis Ilias. Ils avaient traversé le village de Salakos et roulé jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’autre voiture que la leur, avec pour uniques témoins de leur progression lente et régulière des alignements de pins à perte de vue. C’est seulement au bout de la route, en arrivant à l’hôtel fermé pour l’hiver comme c’était prévisible, que s’était révélée l’atmosphère si particulière du Prophitis Ilias »’.

AVT_Robert-Goddard_9961 Robert Goddard (Y’a pas à dire, t’as le look, coco! J’adore ta coupe!  )                                      heather-mallender-a-disparu-416672-250-400 La couverture de l’édition française

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