Les réacs sont dans le pré, va-t-en vite, va-t-en vite…

Les réacs sont dans le pré, va-t-en vite avant de te faire suer!!!

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M. Night Shyamalan, je connaissais de par son fameux Sixième Sens, vu au cinéma celui-là ; un film que j’avais trouvé bien tourné et avec son pesant de suspense, malgré pas mal d’incohérences pour mon esprit naturellement suspicieux. Ce jeune réalisateur indien prometteur m’avait pourtant déçue un peu plus tard avec Incassable que j’avais trouvé vraiment téléphoné et tiré par les cheveux. Et je m’agaçais un peu devant sa propension à appliquer toujours la même recette à ses films : mystère + surnaturel + angoisse + révélation finale incroyablement surprenante sauf si tu l’as devinée avant la fin comme dans Incassable par exemple. Je n’ai donc pas vu ses autres films comme Signes ou La jeune fille de l’eau.

Mais on s’est installé devant le Village. On a fait le noir (pas bien pour les yeux, je sais, mais j’aime avoir peur dans le noir, c’est mieux). On a regardé, on a été déçu. Veni, vici, regardi, decepci.

Le film nous expose d’entrée le postulat de départ. L’action va se passer dans un village (bon on pouvait s’en douter grâce aux indices distillés dans le titre), à une époque indéterminée mais se situant probablement au 19ème siècle. Le film s’ouvre sur l’enterrement d’un enfant (ouéé, ambiance !) dont on n’a pu guérir la maladie faute de médicaments adaptés. Tout le monde est abattu mais la vie continue et ils remercient le Créateur du temps qui leur a été accordé. On apprend alors ce qui les confine dans ce village et les empêcha d’aller chercher le remède qui aurait pu soigner le garçonnet. Le village se trouve dans la vallée, et dans la forêt adjacente vivent « ceux dont on ne parle pas » (non, pas Voldemort), les ennemis ancestraux de nos villageois, avec lesquels ils observent néanmoins une période de trêve qui est censée se prolonger tant que chacun ne viendra pas marcher sur les plate-bandes de l’autre. Ce qui signifie que les méchants restent dans leurs bois et se contentent de grogner au loin, et que les villageois ont interdiction totale de pénétrer dans le bois sous peine de réveiller la colère des monstres rouges. Car la couleur rouge est bannie du village, c’est la couleur interdite. On sait pas trop pourquoi mais c’est comme ça.

A part ça, le village vit sa vie. Les familles se forment et vivent heureuses et nombreuses dans des maisons de bois. On fête les mariages, les baptêmes avec de grands banquets communs. Il n’y a aucun argent, aucune monnaie, le bétail et les denrées sont toutes en commun. Le village est géré par le conseil des anciens. On dirait presque une bande de communistes réussis.

Mais ça commence à se gâter quand on retrouve des animaux massacrés dans le village. Tout le monde soupçonne les habitants de la forêt mais pourquoi reprendraient-ils les hostilités ? parce que Noah, l’handicapé mental du village, a pénétré dans la forêt et y a cueilli des baies rouges ? Parce que Lucius Hunt, lui aussi, s’est aventuré dans le bois et y a été aperçu par une créature ? Toujours est-il qu’un soir, une desdites créatures entre dans le village et laisse des marques rouges sur les portes des maisons. Puis, pendant un banquet de mariage, toutes les bêtes de la communauté sont sauvagement égorgées. La guerre est déclarée, on dirait bien.

Toujours est-il que l’amour court dans le village et que Lucius et Ivy, une jeune non-voyante, se déclarent leur flamme et décident de s’épousailler. Mais quelques jours avant la noce, Noah, amoureux d’Ivvy, poignarde Lucius dont la vie ne tient plus qu’à un fil… et à des médicaments que la jeune Ivy, folle d’amour, est déterminée à aller se procurer à LA VILLE (autant dire l’enfer) en traversant la forêt maudite…

Que va -t-il se passer ?

Autant le dire tout de suite, le seul point positif de ce film, pour moi, c’est l’interprétation. M. Night Shyamalan sait choisir ses acteurs et c’est là son moindre défaut. Pas de Bruce Willis pourtant dans cet opus là, mais d’autres excellents interprètes :

*Joaquin Phoenix incarne Lucius Hunt, ce jeune homme sensible, un peu naïf mais valeureux et altruiste. Amoureux depuis l’enfance d’Ivy, c’est à cette dernière de le pousser à déclarer sa flamme.

*Ivy Walker est interprétée par une jeune inconnue pour moi, nommée Bryce Dallas Howard. A fleur de peau, garçon manqué mais néanmoins ouverte à la romance, courageuse et prête à tout pour sauver son amour mais néanmoins bonne fifille à son papa obéissante, elle a perdu la vue très jeune mais s’en accomode très bien.

*Adrien Brody, cet acteur magnifique héros du Pianiste de Polanski, s’essaie ici au rôle casse-gueule du handicapé mental. Un petit garçon dans sa façon d’être, il éprouve néanmoins un amour inconditionnel pour son amie Ivy qui le comprend mieux que quiconque et le traite d’égal à égale (parce qu’elle souffre elle aussi d’un handicap ?). Noah est pourtant sujet à des accès de violence incontrôlable.

*William Hurt joue le père d’Ivy, Edward Walker, et l’un des piliers du conseil des anciens. C’est lui qui doute le plus, et il garde au fond de lui un reste de culpabilité lié à son incapacité à briser son serment pour aller chercher de quoi empêcher la cécité définitive de sa fille A LA VILLE.

*Sigourney Weaver est Alice Hunt, la mère de Lucius. C’est une actrice que je n’affectionne pas vraiment mais qui tient très bien son rôle. Elle aussi fait partie du conseil des anciens et détient donc le Secret.

Tous ses acteurs talentueux sont à mon avis personnel et qui n’engage que moi, le seul véritable intérêt de ce film.

Alors pour ceux qui n’avaient pas encore compris, je n’ai pas aimé le Village.

***Déjà, et j’en ai parlé plus haut, je trouve que Shyamalan commence à tirer un peu sur la corde en appliquant toujours la même recette de Loula : une situation de départ, des phénomènes bizarres, des héros innocents, un coup de théâtre final, générique de fin, merci au revoir. Mais ce qui fonctionnait bien avec le Sixième Sens ressemble véritablement ici à un gros pétard mouillé. Dès la moitié du film, on a compris l’essentiel et il n’y a plus de véritable mystère. On s’ennuie même carrément par moments et quand le générique de fin apparaît, il manque vraiment le coup de théâtre qui aurait pu sauver le film. En gros, le coup de théâtre final c’est « chéri, regarde, j’ai rapporté le médicament »… ouais, super !

***Un autre truc qui m’énerve beaucoup, c’est l’utilisation outrancière de la musique et des sons qui sont vraiment là pour te dire quand tu dois avoir peur. A croire que les réalisateurs ont peur que les gens ne flippent pas assez alors ils leur mettent les points sur les i : « écoutez public, la musique est super forte et flippante, alors, 1, 2, 3, flippezzzzzzzzzz !!! Mais je vous dis de flipper, bon sang !!! »

***Autre truc complètement ridicule, c’est la tronche des méchants. Faut croire que là aussi, le public est jugé trop débile pour comprendre où sont les gentils et les méchants, alors il faut que le méchant soit vraiment horrible sinon le public il va se tromper et il va aimer le méchant. Qu’il est con le public…Tandis que là, le méchant il a des grosses griffes, une figure on sait pas trop où elle est ( « elle est où la tetête, il est où le cucul ? »), il s’exprime avec des grognements qui feraient appeler sa mère à Saddam Hussein. Et puis il mange de la viande, donc il est méchant (il est végétarien, Shyamalan ?). Et il s’habille en rouge, c’est un suppôt de Satan ! Alors que les gentils ils s’habillent en jaune, comme le soleil… La bête, pour vous donner une idée, elle m’a autant fait rigoler que le loup du Pacte des loups. Ce qui n’est pas peu dire.

***Le choix de l’héroïne courageuse… ca ne suffit pas qu’elle doive se taper 3 jours de marche dans une forêt habitée par les créatures sus-nommées, non il faut qu’en plus elle soit aveugle. Si après ça, toi public, tu n’as pas ton petit cœur qui bat de peur pour cette jeune créature innocente jetée en pâture, c’est que vraiment t’es un gros vilain ! Et si ça te fait rigoler de voir une non-voyante se cogner à des branches d’arbres et tomber dans des trous plein de boue, alors t’es juste un sadique !!!

***Finalement, je parlerais de la morale véhiculée dans ce film que je trouve plutôt douteuse… en gros, tous les anciens ont quelque chose à reprocher à la vie urbaine : quelqu’un qu’ils aimaient vraiment beaucoup (mari, sœur, fils…) a été assassiné ou violé ou alors les deux… ils en ont conclu qu’il valait mieux s’éloigner de la société pour créer un clan où l’argent est absent, où le temps s’arrête…et peut-être aussi où les étrangers qui assassinent les honnêtes citoyens américains ne peuvent pas sévir ? Je trouve que la morale de ce film est finalement super réac, sauf si j’ai rien compris au film mais ça m’étonnerait. Ce village ressemble plus à une secte qu’à une communauté ouverte et épanouie. Y’a comme des relents de « C’était mieux avant » et « Pour vivre heureux vivons cachés »… version facho… enfin c’est mon avis, une fois encore ça n’engage que moi…et j’attends avec plaisir vos avis contradictoires ;o)

Je viens de parcourir les critiques cinéma et mon avis se rapproche le plus de la critique de Télérama… quand je me tue à faire comprendre à mon entourage que je suis une intellectuelle !

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