Lent et sensuel… comme un acte d’amour

 

J’aime lire des livres, mais j’aime aussi, beaucoup, voir de bons films.
Il se trouve hélas, que j’ai un mari qui n’aime pas aller au cinéma. Il aime le cinéma, mais à la maison tranquille, là où on peut mettre pause, aller faire pipi sans rater un bout du film et gêner ses voisins, là où lesdits voisins ne l’empêchent pas de suivre le dialogue à cause du bruit de mastication de leurs mâchoires pleines de popcorn…

Pour vous dire, le dernier film qu’on a vu ensemble au ciné, c’est Avatar.

Donc, comme je n’aime pas aller au ciné seule, et qu’en amour il faut faire des concessions, on a pris l’habitude de voir nos films en DVD, et souvent 2 ans après tout le monde.

Et il se trouve que ces dernières semaines ont été riches en émotion, nous avons vu deux films magnifiques, quoique très différents: Drive (gros coup de poing dans l’estomac), et Lady Chatterley, dont je vais vous parler maintenant.

Ce film est bien sûr une adaptation du célèbre roman de D.H Lawrence paru en 1928 sous le titre « Lady Chatterley’s lover ». Pour être plus précis, il faut savoir que Lawrence écrivit 3 versions différentes de ce roman, et c’est la seconde version, « Lord Thomas and Lady Jane », en français « Lady Chatterley et l’homme des bois » qui est ici adaptée par Pascale Ferran.

En 1928, c’est en Italie, à Florence, que le livre est publié, et seulement en 1960 au Royaume Uni. A cette occasion, l’éditeur britannique, Penguin Books, devra affronter un procès pour ‘ »publications obscènes' », le livre contenant des scènes de sexe explicites, encore choquantes pour la société britannique d’alors. Penguin sera finalement acquitté, ayant réussi à prouver la valeur littéraire du texte. Il faut remarquer que D.H Lawrence était déjà mort depuis 30 ans!

Quelques mots sur le film et sa réalisatrice

Ce film, sorti en 2006, n’est pas la première adaptation du chef d’oeuvre, puisqu’en 1955 Marc Allégret le filme avec Danielle Darrieux dans le rôle titre, et que plusieurs adaptations britanniques seront également tentées, dont une avec l’actrice de films érotiques Sylvia Kristel.

Pascale Ferran en est donc la réalisatrice. Née le 17 avril 1960, elle a notamment réalisé Petits Arrangements avec les morts, caméra d’or à Cannes en 1994, ou L’Âge des Possibles en 1996.

Elle a également, par la suite, réadapté son propre film pour en faire un téléfilm, en deux parties, qui sera diffusé sur Arte sous le titre original du livre dont il est adapté, Lady Chatterley et l’Homme des bois.

Lady Chatterley a reçu le prix Louis-Delluc, le prix des auditeurs du Masque et la Plume sur France Inter puis, le 24 février 2007, cinq Césars, parmi lesquels celui de la meilleure adaptation, celui de la meilleure actrice pour Marina Hands, et celui du meilleur film 2006. Il a fait 400 000 entrées et permis à Arte de réaliser sa meilleure audience depuis sa création.

Le casting

Marina Hands est Lady Chatterley, de son petit nom Constance, également appelée Connie. Fille de l’actrice Ludmila Mikaël, elle est née en 1975. On l’a vue dans La Fidélité de Zulawski, Les Invasions Barbares de Denys Arcand, Les Âmes Grises d’Yves Angelo et, ces jours-ci, elle est à l’affiche de Jappeloup. Elle a donc reçu le César de la meilleure actrice pour ce rôle, récompense méritée tant elle se donne toute entière à son personnage avec une intensité incroyable.

Jean-Louis Coulloc’h est l’homme des bois, de son nom Parkin. Cet acteur m’était totalement inconnu, mais une fois le film terminé, on se demande vraiment qui d’autre aurait pu interpréter Parkin à sa place. Cet acteur est visiblement assez original dans le monde du cinéma, puisqu’il a été coursier, cuisinier et d’autres métiers encore, avant de débuter au théâtre où il interprète Tchekhov ou Euripide. On le verra aussi à la télévision dans un épisode de la série Chez Maupassant, ou dans plusieurs courts-métrages. Il aurait, à mon avis, mérité le César au même titre que sa partenaire, Marina Hands.

Hippolyte Girardot, plus connu du grand public, est Sir Clifford Chatterley, le mari de Constance. Né en 1955, il a derrière lui une belle filmographie, avec, entre autres, Manon des Sources, Un monde sans pitié, Les Patriotes ou Le Capital de Costa-Gavras.

Ensuite, nous avons plusieurs seconds rôles, dont Hélène Fillières dans le rôle d’Hilda, la soeur de Constance.

Passons au film

Ce film, disons-le, est extrêmement lent, et ne conviendra sans doute pas aux impatients et aux amateurs d’action. Je vois ce rythme lent, presque au point, parfois, d’être ennuyeux, comme un acte d’amour, qui commence lentement, et, en douceur, monte, monte, jusqu’à atteindre le point culminant, l’orgasme, dans la passion.

Mari de Lady Chatterley (Marina Hands), Sir Clifford Chatterley (Hippolyte Girardot), a été blessé pendant la Grande Guerre (la Première Guerre Mondiale donc) et en est revenu dans un fauteuil roulant, sexuellement impuissant, et incapable d’être plus qu’une simple compagnie pour sa femme.

Ils s’aiment, mais Sir Clifford est douloureusement conscient de son infirmité et de ce que cela implique: l’ennui de Constance, l’impossibilité d’avoir un enfant, et sait que plus le temps passe, plus il deviendra un fardeau pour elle.

Constance, elle, est patiente, et semble accepter son sort avec langueur et résignation, s’occupant d’apporter tous les soins nécessaires à son mari, à le raser, lui faire sa toilette, la conversation, elle est une véritable infirmière à plein temps pour lui, tout en profitant de ses moments libres pour explorer les environs de la maison de campagne où elle et Clifford vivent, car c’est une amoureuse de la nature.

Un jour, elle aperçoit le garde-chasse, Oliver Parkin ( Jean-Louis Coulloc’h) couper du bois, avec sa chemise ouverte. Cette exposition brute de la virilité de cet homme remue immédiatement quelque chose en elle, privée de contacts physiques depuis si longtemps, et elle va revenir, jour après jour, nouer le contact avec cet homme aux abords frustres, jusqu’à entamer avec lui une liaison passionnée.

Lentement, sûrement, et inévitablement, Lady Constance séduit garde-chasse, et ils commencent une série de rencontres amoureuses dans la cabane du garde-chasse, située dans une clairière dans les bois, et nous assistons à la naissance d’une passion physique, mais également d’un amour.

La connexion entre ces deux personnes n’est pas un processus facile.
Elle est riche , et lui est un homme humble qui aime sa solitude.
Lorsque Constance veut une clé de la cabane, il estime qu’il s’agit d’une intrusion dans sa vie privée. Elle, au départ, veut juste un endroit pour se reposer et observer les poules et les faisans qu’il élève! Quand elle s’endort un après-midi sur une chaise, Parkin est ému par sa vulnérabilité et sa capacité à se reposer dans sa présence. Il initie leur première rencontre sexuelle sur le sol de sa cabane. Elle n’a aucun regret, et lui est extrêmement troublé que cette femme veuille de lui… mais ravi de la tournure prise par cette étrange rencontre…

Pascale Ferran a fait un film d’époque avec «Lady Chatterley», qui capture parfaitement l’esprit de l’époque dans laquelle l’histoire se déroule. La période d’après-guerre en Angleterre, les frontières entre les classes encore clairement établies, et cette liaison entre Constance et Parkin est non seulement un adultère, mais un amour qui bouscule totalement l’ordre social établi.

Certes, Lady Chatterley est érotique et les scènes de sexe et de nudité nombreuses, mais sans la moindre vulgarité, et hormis une unique scène où l’on peut voir le sexe de Parkin en érection, ne saurait être qualifié de pornographique. J’ai été très émue d’assister à l’éveil sensuel de cette jeune femme, et peut-être encore plus par la simplicité et les souffrances enfouies de son amant.

Ayant lu le livre, je pense que DH Lawrence aurait adoubé cette adaptation. Ce film est beau, troublant (voir la scène d’amour dans la boue et sous la pluie!), extrêmement émouvant aussi. Cette rencontre va profondément bouleverser leur univers, elle en la sortant de sa tour d’ivoire, et lui de sa prison d’oubli et de solitude.

Un film à voir absolument.

Advertisements

7 réflexions sur “Lent et sensuel… comme un acte d’amour

  1. Pingback: TFMA – Love is in the air… | De Quimper à Tel-Aviv

  2. Bonjour, bonjour! Quelle belle description du film!! Voilà, je viens de finir de voir le film Lady Chatterley, sous conseils de mon compagnon, et je suis aussi restée sous le charme, et à l’affut d’info sur les acteurs, le film, etc… Savez-vous de quelle manière pouvoir entrer en contact avec les acteurs? Pour les féliciter, partager avec eux nos impressions? Ont-ils un site web, blog ou autre? Je ne trouve rien sur internet…. Merci de me dire si vous trouvez quelque chose!
    Et encore bravo pour l’article Carole Thiéry!

Les commentaires sont tous modérés pendant la période des concours :)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s